Barrière hémato-encéphalique et Maladie d'Alzheimer

La barrière hémato-encéphalique. Une nouvelle cible thérapeutique dans la maladie d’Alzheimer ?

On estime que la maladie d’Alzheimer touche actuellement 900 000 personnes en France, et malheureusement ce chiffre ne cesse d’augmenter d’année en année. Inquiétant lorsqu’on sait qu’à ce jour, aucun traitement n’est réellement efficace pour lutter contre cette maladie. A l’origine de la maladie d’Alzheimer, des dépôts de protéines appelées peptides β-amyloïde qui s’agrégent, formant ainsi des plaques et détruisant petit à petit les neurones. C’est cette perte de cellules qui provoque irrémédiablement et progressivement la dégénérescence du cerveau et la perte de mémoire affectant les patients. Des travaux très récents et très complets suggèrent que ces peptides, dont la fonction reste méconnue, sont synthétisés quotidiennement dans notre cerveau et en sont éliminés par des mécanismes complexes. Chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer, la production de ces peptides reste inchangée et c’est apparemment cette élimination qui est devenue moins efficace, aboutissant à terme à l’accumulation cérébrale de ces peptides. L’un de ces mécanismes d’élimination fait intervenir la barrière hémato-encéphalique (BHE) qui est localisée au niveau des capillaires cérébraux. Cette barrière isole le cerveau du reste de l’organisme et contrôle étroitement les échanges qui se déroulent quotidiennement entre le sang et le cerveau. Comment s’effectue cette élimination ? Quels sont les mécanismes exacts mis en jeu ? Est-il possible de les rétablir chez les patients souffrant de cette pathologie ? Pour répondre à ces questions, il est bien évidemment nécessaire de mieux comprendre le fonctionnement de cette barrière. Or, à cause de sa localisation et de sa structure si particulière, elle est extrêmement difficile à isoler et à étudier. Le laboratoire LBHE de l’université d’Artois dirigé par le professeur Roméo Cecchelli a développé il y a 20 ans un modèle reproduisant la BHE in vitro. Ce modèle a depuis été amélioré, caractérisé et apparaît aujourd’hui comme l’un des modèles les plus pertinents dans le domaine. Devant les preuves grandissantes du rôle important de la BHE dans la maladie d’Alzheimer, le professeur Cecchelli n’a pas hésité à créer au sein de son laboratoire une équipe co-dirigée par le professeur Laurence Fenart-Tilloy et par le docteur Fabien Gosselet chargée d’utiliser ce modèle unique afin de mieux cerner les mécanismes à l’origine de l’élimination de ces peptides. Leurs travaux ont depuis fait l’objet d’une revue publiée dans Médecines/Sciences. Même si ces mécanismes ne sont pas encore complètement décryptés et compris, il reste néanmoins nécessaire de poursuivre les efforts effectués dans ce domaine avec l’espoir qu’un jour, la recherche réussisse à développer de nouvelles stratégies thérapeutiques et puisse, pourquoi pas, rétablir ou améliorer l’élimination de ces peptides chez les patients atteints de cette maladie.

BHE et AD

Mécanismes d'échanges des peptides Aß entre les compartiments cérébraux et sanguins. Provient de Gosselet F. et al., La barrière hémato-encéphalique. Une nouvelle cible thérapeutique dans la maladie d’Alzheimer ? Med Sci (Paris). Volume 27, Numéro 11, Novembre 2011. Page(s) 987 - 992.